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Interview avec Julien Adda, nouveau directeur du Réseau Cocagne

Interview avec Julien Adda, nouveau directeur du Réseau Cocagne

 

Julien, peux-tu nous dire d’où tu viens ?

« De l’économie sociale et solidaire depuis toujours ! Un parcours lié à des engagements familiaux dans l’associatif qui a commencé par une objection de conscience au Planning Familial de l’Isère pendant que je finissais un DEA d’études politiques à sciences po Grenoble. J’ai rejoint ensuite brièvement l’association « résistance à l’agression publicitaire » avant de prendre la fonction de délégué général de ce qui s’appelle aujourd’hui « le mouvement associatif ». 10 ans au service de cette plateforme interassociative qui m’a fait découvrir notamment le monde du social et médico-social et de l’IAE. J’ai été en contact étroit avec des fédérations comme la FNARS et l’UNIOPSS. 10 ans à sillonner la France des associations, c’est très formateur… »

 

Au-delà du plaidoyer, quelle connaissance as-tu du monde de l’entrepreneuriat social ?

« J’ai collaboré à une marque de chaussure éthique, fabriquée dans la Drôme avec des matériaux écologiques et des collaborations équitables au Sud, qui a reçu quelques distinctions et qui m’a fait comprendre ce qu’entreprendre veut dire quand on a son propre argent dans l’affaire. Un moment très dense et formateur aussi pour vivre concrètement un modèle fait de contraintes économiques et sociales… Un équilibre difficile à trouver mais passionnant pour comprendre pourquoi notre modèle actuel repose justement sur des bases non durables, qui mettent toujours en tension l’humain et la nature au profit d’une rentabilité de court terme. »

 

Pourquoi avoir voulu tenter l’aventure Cocagne ?

« A la suite de cette étape personnelle, j’ai voulu travailler dans le secteur écologique, je suis devenu délégué général de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB) pendant 8 ans (2010-2017). C’est à cette occasion que j’ai découvert le monde agricole, avec beaucoup d’intérêt, et aussi le Réseau Cocagne. Dans l’accompagnement du changement d’échelle de la bio, j’ai pu mesurer l’ampleur des défis rencontrés par les filières historiques. Et notamment celui des exigences sociales de la bio, pour son accessibilité, pour sa fonction inclusive dans les territoires. Le modèle des Jardins de Cocagne m’a toujours intéressé pour cette équation parfaite, du bio, local et solidaire. Je me suis dit que j’avais peut-être quelque chose à apporter à ce mouvement de femmes et d’hommes, une contribution à un projet collectif, comme j’ai toujours essayé de le faire. Plus récemment, depuis 2 ans, je suis devenu administrateur d’une SCIC gestionnaire d’un restaurant d’insertion et d’un centre de formation en Seine-Saint-Denis. On comprend mieux les choses de l’intérieur ! »

 

Comment s’est passée la transition avec le directeur fondateur ?

« J’ai connu Jean-Guy Henckel déjà au temps de l’arrivée dans le paysage associatif du mouvement des entrepreneurs sociaux dont il est un des acteurs. Sa position et les débats qui ont suivi ont été vifs mais ont montré les limites d’une économie sociale purement statutaire (les coopératives agricoles se revendiquent de l’ESS…) comme les conceptions d’un social business parfois très éloignés des enjeux politiques et sociaux français (la place de l’Etat et des politiques publiques). De septembre à décembre 2017, nous avons pu poursuivre ce dialogue très riche à mesure que je découvrais le réseau Cocagne au travers des réunions régionales, des visites de Jardins et des attentes du Conseil d’administration, de ses élu-e-s issues des structures adhérentes. Ça n’est évidemment jamais facile de succéder à un fondateur, en particulier avec ce charisme et cette histoire. Jean-Guy Henckel a été clair avec les partenaires et les adhérents du réseau que nous rencontrions sur le fait qu’il me laissait la place pour se consacrer pleinement à la finalisation du projet Maison Cocagne. J’ai, de fait, la plus grande reconnaissance pour le travail réalisé par lui et les autres fondateurs de ce réseau. On se doit d’être humble, penser la suite dans la continuité et le renouveau, sur plusieurs années. »

 

Comment as-tu travaillé ta prise de poste ?

« Venant du monde de la bio, je n’avais pas de problème de compréhension de l’outil support d’insertion. En revanche il m’a fallu bien comprendre l’environnement institutionnel de Cocagne pour ce qui relève des politiques de l’emploi et de l’IAE. J’ai vite eu l’occasion de plonger dans le sujet… La crise des « emplois aidés » début septembre a dicté l’urgence pour moi de reprendre contact avec les autres réseaux de l’IAE et autres mouvements associatifs pour un plaidoyer commun que nous avons pu porter directement face au gouvernement. Cette non reconnaissance des CUI-CAE, même s’ils n’étaient pas nombreux dans les jardins, a bien montré la réalité quotidienne de gestion des SIAE et de ce qu’ils représentaient pour le projet associatif insertionnel (ARA, assistanat de gestion, nouvelles activités). J’ai ensuite écouté les dirigeants des jardins et entreprises dans un tour de France de septembre à novembre, évidemment fondateur en ce qui me concerne, des rencontres passionnantes qui situent aujourd’hui mon engagement. J’ai voulu également prendre en charge le contenu du Forum national afin de m’impliquer au fond sur ces enjeux du travail et de ce qu’ils nous disent du rôle et de la place des SIAE demain. Enfin, j’ai travaillé en très étroite collaboration avec le président, Dominique Hays, et les membres du bureau et des commissions pour comprendre les besoins, les attentes, tricoter les enjeux et modalités d’une nouvelle gouvernance. Je n’oublie pas le travail quotidien avec les permanent-e-s du siège national qui m’ont donné et me donne encore les clés de compréhension de cette histoire singulière. »

 

Quelles orientations souhaites-tu donner au Réseau Cocagne ?

« Je souhaite que le Réseau avance rapidement sur des sujets d’avenir pour les jardins : le plan serres, les nouveaux outils numériques, la diversification, les jardins comme acteurs de la transition alimentaire… Autant de sujets définis dans les orientations que le CA a validés le 12 janvier dernier sur la base d’un projet que j’ai présenté comme une méthode. Lier la réponse du Réseau aux besoins des adhérents sur tous les aspects de la vie quotidienne de leurs ressources humaines, avec la fonction d’innovation portée par le Réseau notamment sur nos enjeux écologiques et sociaux. Tenir les deux bouts du sens de notre action avec les conditions de réalisation de celle-ci. Nous aurons l’occasion d’y revenir tout au long de l’année 2018 avec l’AG, les débats des réunions régionales, des commissions etc. Le Réseau a su anticiper sur ces enjeux dans le précédent plan stratégique, il faut pousser notre « avantage » alors que se profile une nouvelle réforme de l’IAE. La seule solution pour poursuivre nos activités au plus près du terrain, c’est d’avancer collectivement à l‘échelle nationale. »