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- Journée régionale en Occitanie : le bien manger pour tous

Journée régionale en Occitanie : le bien manger pour tous

Alors que les institutions signalent une aggravation des inégalités sociales et territoriales pour l’accès à une alimentation de qualité[1], que les Etats généraux de l’alimentation s’en sont saisi, la première rencontre régionale consacrée au bien manger pour tous a réuni plus de 100 personnes à Toulouse le 14 décembre. Coorganisée par les Jardins de Cocagne en Occitanie et le Réseau Cocagne, elle montre bien qu’on ne peut pas agir « sans les gens ou malgré eux » et qu’il s’agit maintenant de soutenir des politiques locales ciblées, proposées et animées par les acteurs de terrain.

Des constats sans appel

En 2050, ça ne passe plus…

Philippe Pointereau, agronome (Solagro), a rappelé les enjeux de la prospective Afterres 2050 : la population augmente, les rendements agricoles stagnent et la surface agricole diminue. Alors comment nourrir les Français-e-s tout en résolvant la crise environnementale ? Deux tournants sont à prendre, il faut modifier le modèle agricole actuel (vers une transition écologique durable et bio) et changer en profondeur nos habitudes alimentaires en favorisant le végétal et en limitant le gaspillage.  Dans les pratiques alimentaires des consommateurs bio, les risques de surpoids et d’obésité sont deux fois inférieurs à ceux des consommateurs conventionnels.[2]

Aux consommateurs d’agir

Charles-Antoine Winter, diététicien de l’Institut de l’alimentation bio a insisté sur la bonne alimentation, le bien manger, l’alimentation de qualité. Bien manger c’est d’abord bien préparer des produits de saison, se nourrir davantage de végétal et en bio. Mais bien manger c’est aussi un cadre, il s’agit de ne pas sous-estimer l’importance de la forme du repas au-delà de son contenu. Manger en bonne compagnie, favoriser le lien familial, parental, la transmission de savoir culinaire. Dans un sens comme dans un autre, alimentation et anxiété sont corrélé : l’alimentation impacte le bien-être quand le bien-être est impacté par la précarité. Redonner sa place à l’alimentation c’est insister sur ce facteur favorable au bien-être.

Et aux politiques publiques de soutenir l’accès à une alimentation de qualité pour tous

Claude Bobey, responsable du pôle animation du Secours catholique est revenu sur la notion de pauvreté. Aujourd’hui en France, 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. 4,8 millions ont recours à l’aide alimentaire, sans compter le refus de certains de recourir à une aide alimentaire pour ne pas se sentir stigmatisés. Mais « il faut repenser l’aide alimentaire pour un accès digne à l’alimentation ». Claude Bobey assure qu’il faut sortir de l’assistanat. Le programme 30 000 Paniers Solidaires du Réseau Cocagne c’est selon lui un programme digne pour que les plus défavorisé aient accès à l’alimentation saine. Il a également insisté sur la reconnaissance du droit à l’alimentation qui est aujourd’hui inexistant.

Bonne nouvelle : les associations locales ont les solutions !

Cette journée a été l’occasion de se rencontrer entre acteurs, et de découvrir un foisonnement d’initiatives locales et régionales inspirantes et notamment en région Occitanie. L’opportunité pour certains de créer des synergies et pour d’autres d’imaginer de nouvelles dynamiques de territoire.

Cocagne compte 13 Jardins de Cocagne occitans qui accompagnent 335 salariés en parcours d’insertion sur 53 hectares de surface cultivée en bio. Les salariés travaillant Jardins bénéficient de légumes à prix réduit, de légumes déclassés gratuits, d’ateliers cuisine collectif du programme 30 00 Paniers Solidaires (200 familles sur la région), etc. De nombreux projets sont mis en place aux Jardins pour favoriser une alimentation de qualité pour les moins favorisés.

D’autres initiatives locales apportent des solutions pour permettre à tous de manger sainement. Il y a par exemple les 50 jardins familiaux de Tournefeuille en Occitanie, l’Eco pôle alimentaire des Anges Gardins à Vieille-Eglise (exploitation maraîchère, microferme servicielle, plateforme logistique et accompagnement du mangeur), le programme Uniterres de l’Andes qui accompagne les agriculteurs en précarité et leur facilite l’accès à des lieux de distribution (crèches, Ehpad, cantines, épiceries sociales et solidaires et restaurants étoilés), des projets alimentaires territoriaux (PAT) comme celui de Castelnaudary dans l’Aude où citoyens et collectivités locales ont impulsé la relocalisation de l’alimentation sur la ville tout en utilisant l’alimentation comme un levier pour le bien vivre ensemble.

Rapprocher le bien produire et le bien manger, tel est l’objectif des initiatives territoriales.

L’alimentation est souvent la variable d’ajustement pour les ménages les plus modestes. Il faut revoir en profondeur la place de l’alimentation de qualité dont l’impact est bien trop souvent sous-estimé. Pour cette mission, des financements locaux territoriaux sont nécessaires pour renforcer et développement les initiatives territoriales coconstruites autour de l’alimentation comme les Projet Alimentaires Territoriaux à vocation solidaire.

Dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation, le Réseau Cocagne appelle également l’Etat à renforcer son soutien au programme 30 000 Paniers Solidaires pour un objectif de 100 000 paniers à fin de mandature.

[1] Cf. Credoc Fruits et légumes : les Français suivent de moins en moins la recommandation –  juillet 2017  http://www.credoc.fr/pdf/4p/292.pdf

[2] Etude Nutrinet-bio de L’inserm – 2017 – https://www.etude-nutrinet-sante.fr/link/zone/43