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Microfermes et agriculture urbaine

Microfermes et agriculture urbaine

La production de légumes bio de proximité et l’agriculture urbaine sont de plus en plus plébiscitées en France : dans un contexte global d’urbanisation croissante, d’exclusion toujours plus profonde, de raréfaction des ressources et de nouvelles attentes citoyennes, il est urgent que les territoires urbains deviennent eux aussi acteurs de la transition écologique et sociale, et qu’ils s’impliquent activement aux côtés des territoires ruraux dans la structuration de filières bio locales et solidaires. Nous ne pensons pas qu’il soit en effet pertinent d’imaginer une quelconque suffisance alimentaire des villes grâce la seule production urbaine.

Les Jardins de Cocagne, 550 hectaresmaraîchers bio en insertion en France, livrent plus de 20 000 paniers chaque semaine. Ce modèle est un exemple d’agriculture moderne : il rétablit la relation directe entre producteur et mangeur, et ne s’intéresse pas seulement à la finalité organique de l’alimentation, mais aussi aux conditions écologiques et sociales de production, à la santé, à l’emploi, aux saveurs, etc.

Demain, nourrir les villes avec cette « véritable » agriculture (en lien avec le sol et la roche mère, comme le rappelle la réglementation bio) nécessite de repenser toute l’infrastructure péri-urbaine qui va des premiers espaces agricoles à préserver de l’urbanisation aux zones éloignées de captage de l’eau qui alimentent les villes.

Aussi, les microfermes Cocagne sont pour certaines d’entre elles pensées pour être des « têtes de pont » entre territoires ruraux et urbains. Portées par des Jardins ou des Entreprises Solidaires Cocagne pour créer de nouvelles dynamiques territoriales et répondre à des objectifs très divers (aide à l’installation de maraîchers indépendants, ouverture de nouveaux canaux de distribution en milieu urbain, diversification des sources de revenu, création de nouveaux supports d’insertion, etc.), elles se caractérisent toutes par leurs modèles hybrides (entre production agricole et offre multiservice d’activités pédagogiques et d’animation) et la multiplicité de leurs fonctions (alimentaire, logistique, sociale et éducative, environnementale, paysagère, etc.).

A titre d’exemple, dans le cadre de son projet « Les Archipels Nourriciers » (qui vient de remporter l’appel à projets 2017-2018 du Programme National pour l’Alimentation au Salon International de l’Agriculture), l’association Les Anges Gardins, structure membre du Réseau Cocagne, prévoit d’implanter et de coordonner plusieurs espaces de culture en lien avec la microferme de Loos-en-Gohelle, quant à elle déjà en activité. Ces espaces de culture combineront ainsi plusieurs objectifs : produire localement, créer de nouveaux liens sociaux et travailler sur la réinsertion professionnelle. Des ateliers autour de la promotion d’une meilleure alimentation seront mis en place, et la création d’une monnaie d’échange, « La MANNE », permettra aux plus démunis d’échanger leurs services contre des produits alimentaires ou des cours de cuisine et de redevenir acteurs de leur alimentation.

Aujourd’hui, les actions du Réseau Cocagne visent à capitaliser sur ces premières expérimentations de microfermes, pour être en mesure de construire les modèles qui demain pourront être essaimés au sein du réseau.

Le 19 février dernier, le Réseau Cocagne réunissait ainsi au sein du Jardin de la Croizetière à Riantec deux porteurs de projet de microfermes et plusieurs personnes-ressources du réseau pour un séminaire de travail national. Il s’agissait en effet de débattre de la pertinence des microfermes comme supports d’insertion pour les publics de l’IAE, de réfléchir aux conditions d’adéquation de ces nouveaux modèles avec la charte nationale du Réseau Cocagne (question du lien sol, de la distribution à un réseau d’adhérents-consommateurs, etc.), et d’aider les porteurs de projet à penser le dimensionnement technique, humain, social et économique de leurs futures microfermes.

Une commission R&D a également eu lieu le 13 mars prochain sur la thématique « microfermes et agriculture urbaine » pour poursuivre ces réflexions et définir le projet stratégique à mener au cours des prochaines années pour promouvoir ces nouveaux modèles d’activité.